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dimanche 30 juin 2013

Rendement kilométrique limité...

Mon avion n'étant pas encore en opération et mon employeur me l'ayant exceptionnellement autorisé, j'ai effectué une mission freelance de 3 jours pour un convoyage vers les Etats-Unis. J'aurai attendu presque 7 ans pour ma première traversée, voilà que j'en fais deux sur deux avions différents en l'espace de deux semaines!
Il s'agissait de convoyer un avion qui venait d'être vendu, pour le déposer à Battle Creek, Michigan où sa cabine sera complètement refaite.

Rendez vous donc à Lisbonne vendredi matin pour faire connaissance avec mon commandant de bord et briefer le vol (je le soupçonne de m'avoir fait venir aussi tôt pour tâter le terrain). On sort les Jeppesen's, on jette un oeil aux cartes et aux particularités du vol et je file à l'hôtel. Sympa d'avoir un après-midi libre pour profiter de Lisbonne au soleil!

Samedi matin nous décollons à 11 heures. La position de Lisbonne fait que l'on attaque directement l'Atlantique, la route du jour nous faisant passer au nord des Açores, puis au sud de St Johns pour aborder les côtes canadiennes légèrement au nord d'Halifax en direction de Bangor, Maine, pour dédouaner, notre terrain de destination n'étant pas un terrain d'entrée aux Etats-Unis. Pas sûr qu'on ait eu le range pour arriver à destination directement d'ailleurs... Enfin si, peut-être si le captain du jour avait bien voulu monter un peu pour économiser du pétrole. Mais il voulait se protéger des radiations au  dessus du FL410 (sic)...




Quoi qu'il en soit après un accueil très sympathique à Bangor (Si si, le Homeland Security peut être très sympa si vous arrivez avec le sourire!) nous repartons vers Battle Creek au milieu (et un peu au-dessus, quand même) des gromulus. L'ATC américain est toujours aussi arrangeant et friendly, on se pose après 6h45 + 2h10 de vol.
Avec pas mal de paperasse et un hôtel réservé sur place, mon collègue du jour reste à l'avion, moi je saute dans une voiture de loc direction Detroit pour choper le vol Air France qui me ramènera à Paris.

En 51 heures j'aurai fait ORY-LIS-BGR-BTL-DTW-CDG. Ca valait vraiment le coup de faire le grand tour pour éviter le périph'?

mercredi 7 septembre 2011

Le dernier vol du Fox

Le QF était le deuxième de notre flotte de trois Ejet's. Il était arrivé du Brésil avec Arnaud en juin 2008, tout neuf. Le QF c'était son avion, celui qu'il avait réceptionné, évalué, et ramené en Europe. Il était donc normal que ce soit Arnaud qui le convoie à vide vers son lieu de stockage temporaire, à Lille, où il devrait patienter jusqu'à son transfert vers un futur repreneur puisque nos actionnaires avaient décidé de se séparer de la flotte Embraer.
Il ne fait pas beau ce vendredi matin de novembre... Ni dehors, ni dans les bureaux de la compagnie... Les yeux sont tristes, deux avions nous quittent aujourd'hui, seul QG restera encore quelques semaines pour couvrir les éventuelles défaillances des Q400, le temps d'être lui aussi vendu. Avec Arnaud nous tentons de garder le sourire et de ne pas nous laisser distraire par la morosité ambiante... Aéronautiquement parlant il fait beau c'est déjà ça... Nous attaquons le briefing.
Pas question aujourd'hui de jouer l'économie! Pas de poussée réduite! Nous avons tous les deux envie de sentir une dernière fois les 2x18500 Lbs de poussée de nos réacteurs. On briefe la panne moteur au décollage, qui serait critique vue l'assiette plutôt inhabituelle que nous devrons prendre pour ne pas emplafonner les placards volets. Surtout qu'on a décidé de coller le plus possible à V2...

Une petite heure plus tard, parking maintenance... Nous sommes presque prêts, nos agents d'opérations sont venus nous dire au revoir ainsi qu'à l'avion, je décèle un peu d'humidité dans les yeux de Gaëlle. On se redonne le moral en faisant de grands sourires sur les photos souvenir.
A la radio j'entends QE qui demande la mise en route. QE et QF se suivent vers Lille ce matin, comme ils se sont suivis à quelques semaines d'intervalle en venant du Brésil au printemps 2008. En terminant de préparer notre vol, on observe du coin de l'oeil le seuil de piste 23 pour ne pas rater le décollage des copains. Eux seront raisonnables, ils feront comme dans les livres et arracheront QE pour la dernière fois au sol genevois.

Quelques minutes plus tard nous mettons en route, et nous roulons vers la piste 23. Quelques collègues du sol se sont postés le long du taxiway avec des appareils photo pour immortaliser notre départ. J'arrive tant bien que mal (à cause de la pressurisation) à ouvrir ma fenêtre pour les saluer. Pas de nez basculant pour un coucou "à la Concorde"...

"T'es prêt?"
"Toujours prêt!"
"C'est parti"

Un avion vide, pas trop de pétrole, la pleine poussée... Vr arrive vite et Arnaud tire sur le manche, on se sent pousser des ailes... Le badin qui n'arrête pas de monter, malgré l'assiette de plus en plus forte... 20°... 30°!!! 40°!!! Bon on va peut être se calmer... A 45° d'assiette la vitesse continue d'augmenter, ça devait avoir une sacrée gueule vu d'en bas. Au briefing on s'était dit qu'avec des assiettes pareilles en cas de panne moteur on aurait plus tendance à passer sur une aile plutôt que de pousser comme des sourds. Pas con vu d'ici...

"Paris Contrôle Bonjour, Baboo 8544 en montée vers le 230 pour plus haut"
"Bonjour Baboo 8544, vous désirez quel niveau?"
"Ce que vous avez de plus haut jusqu'au 410"

'faut dire, avec un plan de vol déposé au FL280 ça nous faisait mal de ne pas pouvoir monter avec notre roquette surboostée...

"Baboo 8544 montez niveau 410 mais vous devrez redescendre dans 80Nm"

Chouette...

On se retrouve au soleil, peinards, à regarder les nuages du dessus. Le contrôle semble nous avoir oublié puisqu'on nous laisse traîner au 410 et qu'on doit même rappeler pour la descente.
Descente vers la grisaille, heureusement pas mal de plafond à Lille. Arnaud me refait une leçon sur l'approche à vue... On hésite à faire un passage bas mais on se dit que ça ferait tâche devant les hangars de la maintenance Régional qui va s'occuper de stocker nos deux avions...
Boudoum boudoum... "Actions après atterrissage"...

Le frein de park est serré, pas envie de couper les moteurs... A côté les mécanos font déjà le tour de QE arrivé vingt minutes plus tôt... "pas possible que ça s'arrête comme ça..."

Fait chier...